DES NOUVELLES DE BELEM
Retour enthousiaste dans le pays où 100% des habitants se baladent en Havaianas. Avec, par ordre d'apparition dans mon agenda, Belem, Rio de Janeiro et enfin Sao Paulo. Não vejo a hora !
Pour commencer, j’aimerais partager avec vous ce message envoyé par Alexandre suite à mon dernier envoi (Cali), car il résume assez bien ce que j’essaie de faire, de vivre…
Au final, tu as la belle vie, tu voyages, tu explores, tu rencontres du monde, c’est la belle vie pour un d’jeune. Continue ainsi, la vie est courte et on ne sait guère perdre du temps pour enrichir son humanité propre - ce que tu sembles effectuer là à ton âge en parcourant le monde.
Tu touches quelque chose d’essentiel : voyager, rencontrer, découvrir, ce n’est pas juste « profiter » , c’est aussi se construire, élargir sa manière de voir le monde et les autres. Chaque expérience ajoute une petite pièce au puzzle de ce qu’on devient. A tout âge, même au tien. Par certains côtés, je t’envie de pouvoir le faire.
Tu bouscules un point encore plus profond : le temps. On pense souvent qu’on en a beaucoup… jusqu’au moment où on réalise qu’il file. Alors autant le remplir de choses vivantes, de rencontres sincères, de moments qui marquent.
Après, il n’y a pas qu’une seule façon « d’enrichir son humanité » certains voyagent loin, d’autres explorent en profondeur ce qui est juste autour d’eux, l’important étant cette curiosité et cette envie de rester ouvert.
Ce message de Cali sonne comme un encouragement (sincère ?) et aussi comme un rappel pour tout le monde. Rappelle-toi, “la jeunesse c’est le temps qu’on a devant soi“.
Alexandre
Pour la première fois, la procédure d’entrée dans un airbnb implique une étape de reconnaissance faciale. Donc, plus de clé, plus de code, juste ma gueule. #BlackMirrorC’estDéjàMaintenant

La phrase que j’ai le plus entendue ici : « Et alors l’açai ? Tu aimes ? c’est super bon, hein oui ? Hein oui ? » Mmmmmmmmouais. Si je vous dis que l’açai est « un palmier gracile, inerme et cespiteux », ça vous fait envie, vous ? Salé (en soupe) ou sucré (en glace), je trouve que ça manque désespérément de saveur. Et bien entendu, c’est parce que « je n’ai pas goûté le vrai açai. Tiens, goûte-moi celui-ci ! » Et c’est reparti pour un tour.
De toute manière, c’est trrrrès dangereux de manger de l’açai artisanal car il est peut-être porteur de la rrrrrredoutable maladie de Chagas. Le parasite trypanosoma cruzi est en effet transmis lorsque des insectes infectés (barbeiros) sont broyés avec les fruits. L’addition est lourde : fièvre, maux de tête, douleurs musculaires, fatigue, pouvant évoluer en complications cardiaques ou digestives. Dans le doute, abstenez-vous donc huhu.
Laissons Aline, ma fixeuse, clôturer le sujet : « je suis assez d’accord avec toi. Généralement, je dis que l’açai ça goûte la terre. Ce à quoi on me répond systématiquement : parce que tu as déjà mangé de la terre, peut-être ? »
Pour rappel, une assiette brésilienne est essentiellement composée de pâtes, de riz, de patates, de haricots, de bananes plantain et de farofa (farine de yucca). Oui, oui, généralement ensemble. Allez, au moins quatre. On aime beaucoup les féculents ici. On rajoute un peu de viande et une petite garniture avec une jolie couleur et bon appétit. Le mot « légume » n’existe pas sur une carte de restaurant brésilien (alors que les marchés en regorgent).
Cela étant, à Belem on mange très bien, la proximité de la mer a visiblement inspiré des générations de cuisiniers. Les jus sont excellents : on citera le tabereba (prunier mombin), le bacuri et la caiapora (cerise des marais). J’ai inventé un des trois fruits. Lequel ? C’est Boris qui a la réponse.

Petite note à tous les amateurs de fruits secs : les noix “du Brésil” est une appellation qui fait polémique ici. On les appelle « noix du Para » (l’état dans lequel se trouve Belem). Car c’est ici, en Amazonie, qu’on cultive les fameuses noix… du Brésil !
« Tout est lent à Belém, même les crises cardiaques ça prend deux jours. »
Médisance probablement entendue à Sao Paulo par Olivier.
Aline abonde : “oui, c’est exact. Tout prend du temps ici : les nouveautés technologiques arrivent mille ans en retard, les gens mettent du temps à comprendre ou à résoudre des problèmes… Même le trafic est plus lent qu’ailleurs !”
Je viens de me rappeler qu’ici au Brésil tout le monde adore aller « ao shopping » (au centre commercial). Pour deux raisons essentielles : parce qu’on y est en sécurité et parce que c’est climatisé !
Au resto, je trouve qu’un steak “malpasado” ça a l’air moins appétissant qu’un steak saignant.
Je passe en vitesse par le terminal d’hydravions — wow, trop la classe — pour voir vers où je peux aller, à quel prix, etc. Mais je ne vois que des trajets en bateau. Je demande à quelqu’un où je dois aller pour les trajets en avion… « Biiiiin, à l’aéroport en fait ! » Moi qui me voyais déjà vivre de grandes aventures en hydravion, j’ai confondu HYDROVIARIO (voie fluviale) et HIDROAVIÃO… #ChangeDeLunettesCrétin
Un soir, suite à une grosse pluie, ma rue est devenue la piscine municipale, il y avait 80 cm d’eau partout. Aline, ma logeuse, m’explique que c’est l’une des suites malheureuses de la Cop30 qui a eu lieu ici l’an dernier. La municipalité a fait bétonner les égouts, ce qui, du coup, a limité l’absorption naturelle de la pluie par le sol.
Comme il pleut souvent ici (c’est la saison des pluies), Belem doit être un des endroits au monde où l’achat d’un parapluie est le mieux rentabilisé. Dès qu’il y a un rayon de soleil, hop parapluie. Et dès qu’il pleut, rehop !
« Les preuves qui pesaient contre elle étaient trop lourdes. Comme elle n’avait pas de diplôme d’études supérieures, elle resterait en cellule commune. Pour le moment, l’inspecteur acceptait qu’elle reste dans une cellule normale, le temps que sa famille lui trouve une assistance juridique sous quelque forme que ce soit. »
Cet extrait de Belem (Edyr Augusto, Asphalte) m’a intrigué. J’ai vérifié et c’est exact. Selon le Code de procédure pénale brésilien – article 295, les détenteurs d’un diplôme universitaire avaient droit jusqu’en 2023 à une « détention séparée » des autres détenus. La mesure a, depuis, été jugée anticonstitutionnelle.

— Dites… pourquoi vous ne vendez pas de bière dans votre restaurant ?
— Euh… parce que Maman fait partie d’une église évangéliste et qu’elle est assez stricte là-dessus. Mais vous pouvez aller en acheter juste à côté et la consommer chez nous, pas de soucis.
— Bon.
Les petits métiers brésiliens : le Flanelinha. Un gars qui agite un chiffon pour t’inciter à te garer là plutôt qu’ailleurs. Aline complète : « En réalité, on leur donne de l’argent pour qu’ils ne nous causent pas de problèmes… On doit toujours avoir de la monnaie dans la voiture pour ceux qu’on appelle “les maîtres de la rue”. Ici, on appelle ça une “escroquerie moralement légalisée”, puisqu’on finit par les payer alors que la rue est publique.”
Ici, les gens assis sur les bancs ne se disent pas : « Je suis au bord du plus grand fleuve du monde », comme font les touristes. Ce sont par exemple des retraités de la Caixa Economica Federal, qui pensent par exemple : « M. Alfredo a encore été désagréable au bureau », ou bien : « J’espère que je recevrai mon salario cette semaine », ou encore : « Cette Maria Fernanda, elle a une grande bouche mais elle est pas mal quand même… »
Gilles, Lapouge, Nuit tranquille à Belem (Arthaud)




