DES NOUVELLES DE BOGOTA
Deux new-yorkaises me demandent avec quel groupe je voyage. Euuuuh, tout seul. « Wow, faire la Colombie tout seul » avec un air, on dirait ma mère quand je mettais mon doigt dans mon nez à 5 ans...
Sergio m’oblige à dévoiler les trucs bizarres que je prends avec moi quand je voyage :
des colsons. Il y a toujours quelque chose à colsonner
du gros scotch, genre Chatterton
un coquetier jaune (les œufs à la coque, ça ne se pratique que chez nous)
un oreiller orthopédique
des élastiques
une e-sim pour être connecté partout où je vais
… et évidemment une photo de chacun.e d’entre vous que je mets sur ma grande table de nuit !
Amis daltoniens, voici trois drapeaux totalement différents. Bonne chance pour les distinguer (il faut calculer l’épaisseur des traits de couleurs). L’explication : au départ, ces trois pays n’en formaient qu’un, la Grande Colombie, qui englobait les trois pays mais aussi le Panama et des petits bouts du Pérou et du Brésil. Par la suite, chacun a repris ses billes mais gardé le même drapeau, à quelques micro-détails près. Et je vous épargne la variante locale “avec ou sans armoiries”.
Je me suis cassé la figure dans un escalier et j’ai mal partout. Et surtout un énorme bleu de la taille d’un ballon de rugby sur le derrière. Ce truc change de couleur tous les jours. On dirait qu’il a une vie propre. C’est donc une espèce de tamagochi de mes fesses.

Don Gilberto me dit que sa couleur de peau c’est « carton mouillé ».
Un jeune serveur me sert une changuä, délicieuse soupe au lait et aux œufs pochés avec de la coriandre, des oignons verts et du pain qui flotte vaguement. La changuä, c’est un potage clivant, comme Botero, un autre producteur de soupe local : soit les Colombiens adorent, soit ils détestent.
— Gracias señor ! lui réponds-je.
Il rougit : Roooh, mais je suis encore très jeune !
Il y a tellement de trafic automobile ici que la phrase préférée des chauffeurs de taxi, c’est d’expliquer que « Bogota se trouve à deux heures de Bogota ».

Pour rester dans les bizarreries alimentaires, voici les fourmis à gros cul (je n’invente rien, culona = qui a un gros derrière, à éviter toutefois dans un contexte formel si vous êtes invités par l’ambassadeur, car c’est un peu vulgaire comme terme). Cette spécialité du coin goûte très vaguement les cacahuètes et, comme toujours, c’est totalement dispensable comme aliment mais ça fait des chouettes cadeaux à ramener, comme les sauterelles grillées ou les cafards en Thaïlande. Et vu que c’est aphrodisiaque, certains de mes amis ont déjà passé commande. C’est de la fourmi colombienne, c’est de la bonne ! Luis, mon fixeur local, qui n’a pas sa mauvaise langue dans sa poche, rajoute que “ces fourmis ont peut-être servi de modèle à ce fléau national qui consiste à s’injecter du botox dans le derrière”. C’est lui qui le dit, hein.

La boisson nationale, ici à Bogota, c’est la chicha. Mélange de maïs, de sucre de canne et de salive fermentée. C’est parfaitement infâme (si je dois trouver un vague équivalent, disons l’hydromel) mais bon, chacun ses goûts. Le plus rigolo, c’est que cette boisson a été interdite en 1949 au profit de la bière, suite à une intense campagne de lobbying réalisée par les brasseurs. Avec des arguments d’une finesse rare : la chicha était associée à la saleté, à la pauvreté et à la criminalité. Aujourd’hui, souligne Luis, “boire de la chicha est perçu ici comme un symbole de résistance et de tradition, à l’heure des multinationales brassicoles”. J’en sais quelque chose vu mon origine. Pour rappel, le groupe belgo-brésilien AB INBEV contrôle 40% du marché mondial. Y compris dans chaque pays, où il rachète les marques nationales (ici Aguila et Club Colombia).

Le Congrès National a mis 78 ans à être construit. La raison : il était maudit. En effet, l’évêque qui est venu bénir le chantier l’a fait… de la main gauche. Sacrilège !

Petit volet sécurité. Ici, il y a des gardes armés un peu partout, devant les immeubles, les magasins et les bureaux. Les chiens reniflent les voitures quand elles veulent rentrer dans un parking. Les motos sont soumises au même rituel.
Devant une banque, quand des gardes viennent amener ou retirer du cash, le collègue a son flingue en main, sorti du holster. Je n’ai pas osé prendre une photo, de peur de m’en prendre une.
Ici Luis s’énerve : “ce genre de commentaire est débile. Personne ne va te flinguer parce que tu prends une photo. En écrivant ça, tu ne fais que stigmatiser le fait que la Colombie est un pays dangereux. Un peu de contexte : nous sommes ici dans un pays où il y a plusieurs millions de réfugiés. Par ailleurs, les trafics divers et la pauvreté sont des soucis majeurs. Et donc oui, la sécurité est très présente. Ça rassure la population et ça donne plein de boulot à plein de gens. Donc, maintenant, tu arrêtes !”

Etrange manège sur la plazoleta del rosario : entre 200 et 300 gars, debout, qui taillent le bout de gras. Toute la journée. Renseignement pris, il s’agit du principal marché de gros d’émeraudes de la ville. “Traditionnellement, ce genre de commerce s’effectue sur les places publiques”, complète Luis. Les touristes, qui sont incapables de distinguer une émeraude d’un morceau de verre, sont plutôt invités à aller se fournir dans des magasins de détail, où ils recevront un certificat d’authenticité”.
Une des grosses infos du moment : le 8 mars prochain, ce sont les élections législatives ici. Et figurez-vous que l’une des candidates n’est autre qu’une intelligence artificielle. Elle brigue l’un des sièges réservés aux communautés autochtones. Derrière Gaitana, un ingénieur et une sociologue, dont l’idée de départ était que Gaitana soit directement candidate. Retoquée par le conseil électoral qui exige qu’une candidate au congrès existe réellement. Pas grave : elle est devenue l’icône d’une plateforme participative censée représenter les aspirations environnementalistes de 10 000 personnes qui se sont connectées sur son site afin d’alimenter le programme.
Mon super conseil de lecture : Dans la ville des veuves intrépides de James Cañon (Belfond ou Livre de Poche). C’est l’histoire d’un village colombien dont tous les hommes ont été réquisitionnés par la guerrilla. Restent 93 femmes… et un curé. Il va falloir tout réinventer : les codes sociaux, les rapports intimes, les processus de décision… et même le temps, puisque toutes les horloges ont cessé de fonctionner, le village étant totalement coupé du monde.
Je vous laisse 15 jours pour le lire. Quand vous l’aurez refermé, il sera temps de lire la suite de mes aventures colombiennes à Medellin !






mais c'est bon, l'hydromel!!