DES NOUVELLES DE CALI
Le temps ne s’écoule pas de la même manière ici. En Europe, une nuit dure entre 8 h (l’été) et 16 h (l’hiver). Ici, comme on est près de l’Equateur, elle dure 12 h toute l’année !
La Colombie, c’est un monde de saveurs que nous connaissons pas : tomate de árbol (tamarillo ou prune du Japon), lulo (narangille), guimairo (noix-pain), sapote, mamoncillo (quenettier)… Ces fruits sont délicieux, envoûtants et extrêmement addictifs. On fera toutefois une exception pour le chontaduro (palmier pêche), le fruit star ici à Cali. C’est le fruit du palmier et sa dégustation (avec du sel ou du miel) oscille entre sucer une pierre d’alun et essayer d’ingérer une chaussette fraîchement amidonnée.

Sur tous les taxis, cette mention : servicio publico. Non qu’il s’agisse d’une compagnie d’état. Simplement car le fait de transporter quelqu’un d’un point A à un point B est un service rendu à la population.

Ici, l’hymne national retentit à la radio et à la télévision tous les matins à 6h et tous les soirs à 18h. “ Les Colombiens sont extrêmement patriotiques, me confie Hugo. Même dans les manifs de gauche, les étudiants portent des drapeaux colombiens. Ici, être nationaliste n’est ni de gauche ni de droite. Même si ce nationalisme a parfois des allures de protectionnisme : un étranger ne pourra jamais prendre le travail d’un Colombien. C’est inscrit dans la loi.”
Un soir je rentre en pleine nuit d’une soirée en périphérie. Mon chauffeur brûle allègrement les feux rouges. Devant mon indignation boboifère, il m’explique qu’une loi municipale autorise ici les automobilistes à ne PAS s’arrêter aux carrefours entre 23h et 4h. Et effectivement, en jetant un œil sur certains quartiers qu’on a traversés, j’ai compris pourquoi. Sans rentrer dans les détails, disons que Walking dead, c’est pas qu’une série, c’est pour du vrai aussi… Pas partout, hein, loin de là !
Circulation toujours : depuis les années 90, il est interdit dans deux villes colombiennes (Cali et Bello) de monter à deux sur une moto car c’était un truc de malfrats pendant les années chaudes : l’un conduisait et l’autre mitraillait.
Un mythe urbain comme je les aime. A la sortie de l’aéroport, on trouve le monumento a la solidaridad, une imposante sculpture qui date de 1995. La légende veut que la statue de la solidarité était en bronze, mais comme elle a été volée, elle a été remplacée par une merdouille genre plastique ou résine. Le vol a, dit-on, été organisé comme dans un film : des faux uniformes, des cônes de sécurité et des faux ouvriers qui l’ont démontée comme s’il s’agissait d’une opération officielle.

Figurez-vous que la ville de Cali a engendré un courant cinématographique tout à fait original : le gotico tropical. Ça date des années 70/80 et il mêle l’esthétique gothique (horreur, vampires…) au contexte tropical colombien avec des maisons coloniales évidemment en ruine. Le genre (je cite mes recherches) « utilise le registre de l’horreur pour explorer la violence, les inégalités et les tensions sociales, avec une forte dimension de critique politique. »
L’information suivante n’amusera que les trois typographes qui me lisent. Sur la Plazoleta Jairo Varela on a installé une énorme sculpture géante évoquant des trompettes (chacune d’entre elles diffuse une musique différentes). Le monument est un hommage au GRUPO NICHE, un des principaux groupes colombiens de salsa, toujours en activité au moment où j’écris ces lignes.

J’apprends l’existence de la musica para planchar (la musique pour repasser). Essentiellement des balades. Contrairement à notre musique d’ascenseur, c’est ici un genre très prisé avec de grands talents.
Une histoire incroyable (qui tient sans doute en partie de la légende urbaine, mais vous le savez, si la légende est plus intéressante que la vérité, etc.) Même si Cali est aujourd’hui la capitale mondiale de la salsa, le genre n’a pas été inventé ici mais à New York. L’histoire veut qu’un DJ local, recevant un LP de salsa dans les années 60, l’ait fait tourner en 45 tours au lieu de 33. Le temps qu’il s’en rende compte, les gens étaient devenus dingues de cette nouvelle sonorité ! A vous de juger : voici le fameux morceau, Micaela, une salsa boogaloo de Pete Rodriguez, en 33 tours.
Et le même morceau en 45 tours. Lequel préférez-vous ?
Il y a 190 écoles de salsa en ville. Avec Federica on est allés à la Topa Tolondra pour faire semblant de comprendre les pas super compliqués. Le lendemain, on est allés faire la fête dans la calle del sabor, bloquée à la circulation tous les vendredis soirs pour venir se remuer el popotino. La coutume date seulement du covid et a démarré devant un bar de retraités qui venaient tromper leur ennui pandémique en venant esquisser quelques pas de danse sur le trottoir. Aujourd’hui : quatre rues pleines de salseros. Le grand chic : venir avec sa propre cloche et battre la mesure pendant que les autres se déhanchent. Les campaneros passent ainsi toute leur soirée à rythmer la nôtre. Sachez enfin qu’il y a six musées de la salsa dans le monde…dont quatre ici à Cali.

Après la ley seca (loi sèche) qui empêche la vente d’alcool pendant les élections, voici la ley zanahoria, la « loi carotte » qui empêche la vente d’alcool trop tard (vie nocturne) ou trop tôt (pas avant 10h ou 12h selon les endroits). Objectif : limiter la violence ou les accidents de voiture et inciter les citoyens à se comporter en personne « saine » et « pas trop festive », ce que les Colombiens appellent un « comportement carotte ». Donc, ici la carotte ne boit pas et se couche tôt. Au passage, j’aimerais désormais qu’on dise que je conduis comme une carotte… et plus comme une patate !
Mauricio s’interrompt et me dis : « tu entends ? » Au loin, des hélicoptères de la police… avec une sirène !
J’apprends l’histoire très touchante de Jovita Feijoo, surnommée « la reine de Cali ». Cette dame célibataire, qui faisait les ménages chez les riches, a toujours arpenté la ville en s’habillant de manière super élégante, portant les tenues que les habitants lui offraient. Ses funérailles ont ému toute la ville et sa statue, devenue une icône de la culture populaire, incarne l’optimisme et la joie de Cali, une figure qui, malgré ses difficultés, a su gagner l’affection inconditionnelle de la communauté.
Je commande un ceviche au marché. La serveuse demande « si je veux une sauce rouge ou une sauce rose ».

Cette ville m’a ravi. On y mange bien, les gens sont charmants, j’ai découvert des lieux géniaux bébéficié d’un accueil extrêmement chaleureux (quasi familial à deux reprises en fait). De manière générale, la Colombie (3e voyage) est vraiment un pays coup de cœur. La deuxième fois que j’ai quitté la Colombie, Amina m’avait demandé quand je reviendrais. Ma réponse : JA-MAIS. Partant du principe qu’il y a tellement d’endroits dans le monde à explorer que je ne me repointerais pas ici. Deux ans plus tard, me revoilà avec ma bête gueule de menteur. Bref, je ne dirai plus jamais “jamais”…
Quelle soupe : en une semaine je vais passer d’un décalage horaire de 6 h (en Colombie) puis de 4 h (au Brésil) pour ensuite me stabiliser à 5h (quand la Belgique et la France passe en heure d’été le 28 mars) 🤯 En route pour le Brésil, dans l’ordre Belem (première fois) et ensuite deux vieilles connaissances : Rio de Janeiro et Sao Paulo ! Valeu, gente !





Tu m’as encore bien fais rire, boss. C’est étonnant ce rapport au caca des hispaniques , ils sont bien plus créatifs que les Français