DES NOUVELLES DE MEDELLIN #2
Notre anecdotiste en chef est allé enquêter pour vous dans "la ville du printemps éternel". La note de frais suit, si vous vous cotisez toutes et tous, ça devrait aller hein.
Suite et fin de mon incartade colombienne. Il semble que j’aie choisi d’emblée la plus belle ville : même les habitants de Bogota en conviennent, Medellin c’est dix fois mieux. Avis que je plussoie tant et mieux. Et d’ailleurs, on prononce MedeCHin en fait.
Ici comme partout, une foule de petits métiers s’organisent autour des feux rouges : des mendiants « basiques » aux jongleurs en passant par les laveurs de vitres (qui salissent votre pare-brise plus qu’ils ne le nettoient) aux groupes de rap qui font une choré totalement irrésistible. Ils sont tellement nombreux qu’ils doivent se partager les spots : les prestations les plus spectaculaires ont lieu devant tout le monde, sur le passage pour piétons. Et les anonymes de la mendicité passent 4 ou 5 voitures derrière… Chacun son territoire !
En Colombie, la retraite est fixée à 57 ans pour les femmes et à 62 pour les hommes. Je ne sais que faire de cette info : paternalisme suranné ou féminisme militant de pointe ?
La Colombie a beau avoir pacifié son territoire, il reste quelques armes létales non démilitarisées. La plus redoutable est certainement la bandeja paisa. Du lard, de la saucisse, des beans, des œufs, du riz, des trucs piégés à la farine, des avocats, de la banane plantain, une arepa (galette de maïs), encore un peu de viande (argh, des pieds de porc !) parce qu’il restait encore un petit trou sur l’assiette. J’ai mis trois jours à digérer ce truc. Quand V. a vu cette photo, elle m’a dit « pfff, quelle portion de bébés ! »
Je me suis retrouvé un peu par erreur à passer une semaine dans la Zona Rosa du quartier El Poblado, l’endroit préféré des touristes ici. Le quartier est rempli de boîtes de nuit, de bruit, de bars, de magasins, le tout à destination d’une population âgée de 22 ans maximum et parlant avec un fort accent du Texas. Je n’y ai pas trouvé mon bonheur (et je reste courtois). Mais comme c’était ma semaine de Covid, j’ai laissé les jeunes Texans aller festoyer sans les contaminer.

Cette histoire est ridicule mais évidemment vraie. Je suis donc dans mon quartier de fiesta, il est 9 heures du matin et je viens d’émerger. Un gars arrive, avec une sono monstrueuse sur une charrette de supermarché, s’arrête juste SOUS ma fenêtre, met le truc en route SUPER FORT et commence à chanter SUPER FAUX. Ça fait tellement de bruit que l’alarme de la voiture d’en face se met en route. A la fin de la chanson, tout le monde ferme sa fenêtre, silence gênant, même l’alarme se tait, le gars attend trois minutes et recommence une autre chanson. Et rebelote : l’alarme se remet à couiner. Ça a duré comme ça pendant 5 ou 6 chansons… J’ai les preuves.

Dans un bar branché, j’ai comme un besoin urgent (aaaaah, vous l’attendiez, mon chapitre sanitaire, pas vrai ?). Les toilettes (genrées) sont juste indiquées comme ceci : XX et XY. Et c’est là que, soudain, je regrette de ne jamais avoir terminé mon doctorat en génétique. Je n’ai donc aucune idée d’où je dois aller me soulager. Bien évidemment, donc, je me trompe. Et le patron a dû me remettre sur le droit chemin, gentiment mais avec un air de « aaaah, fallait terminer son doctorat, mon gaillard » .

Il y a quelques jours, j’envoie à quelques proches - mais aussi aux Colombiens avec qui je traîne ici - cette vidéo assez spectaculaire d’un tour en téléférique au-dessus des barrios populaires dans la montagne (la ville grandit et s’étend ici à vue d’œil). Ce fut très amusant de constater que la quasi-totalité des Européens étaient choqués (à tout le moins très impressionnés) par le manque d’espace, de verdure et le foisonnement un rien anxiogène de cette vidéo. Alors que tous les locaux m’ont fait part de leur enchantement, de leur fierté, quelle chouette publicité pour notre ville, etc. Très amusant de voir comment les sensibilités s’expriment différemment sur le même sujet.
Concernant cette même vidéo, je la mets en ligne en ayant soigneusement piqué, pour la bande-son, un hit local. Ni une ni deux : voilà mon clip interdit par Instagram, en raison de restrictions dues à la propriété intellectuelle dans 74 pays dont, tenez-vous bien, Andorre, l’Antarctique, Åland, Bonaire, Saint-Eustache et Saba, le Boutan, la Chine, Cuba, les Îles Féroé, le Territoire Britannique de l’Océan Indien (d’où viennent évidemment les 3/4 de mes abonnés), la Corée Du Nord (aaaah !), les Îles Marshall (ooooh), l’Île Pitcairn, Svalbard et Jan Mayen, les Îles Mineures Éloignées Des États-Unis et bien entendu Wallis-Et-Futuna. Si vous habitez dans un de ces pays, eh bien c’est Tintin pour aller voir cette vidéo que je viens de teaser à mort. Si, par le plus pur des hasards, vous habitez ailleurs, tentez votre chance.
Pourquoi j’ai toujours le sentiment que c’est toujours trop court comme séjour ? Je veux qu’on m’interdise de repartir d’ici. Lord, please oh Lord. Do something. En échange, je le jure : moi aussi j’enverrai des bendiciones à tout le monde par Whatsapp !
J’achète une chemise. Une bête chemise, ok ? Monsieur, je peux voir votre passeport ? Numéro du document, c’est lequel votre nom de famille, votre téléphone… Par contre, pas moyen de trouver une chemise 100% coton… Chic, à moi les suées made in polyester.
Expérience très émotionnelle et enrichissante : visite de la Comuna 13 avec un gars qui y vit. Quartier populaire construit à l’arrache sans que personne ait jamais entendu parler d’urbanisme (invasiones est le terme utilisé ici), il était réputé être « l’endroit le plus dangereux » de Colombie il y a une vingtaine d’années. Plaque tournante du trafic de drogue, le quartier était tenu par les narcotrafiquants, mais pas que : les milices paramilitaires et les bacrim (bandes criminelles essentiellement composées d’anciens guerrilleros démobilisés) y ont, selon les périodes, mis le quartier en coupe réglée, avec des méthodes de mafieux. Tout cela s’est réglé dans le sang et suite à d’innombrables actions de l’armée (dont la très controversée Operacion Orion). La Comuna 13 a fait preuve d’une résilience assez exceptionnelle et, aujourd’hui, c’est devenu la principale destination touristique à Medellin (street art, break dance et hip hop ont remplacé les trafics et les armes). J’ai été très touché par cette visite, par les histoires personnelles et les messages d’espoir que j’y ai entendus. Et tout n’est pas devenu rose pour autant, las vacunas (les vaccins, autrement dit les extorsions) se pratiquement encore, mais le quartier rebondit et se réinvente en regardant devant lui, pas derrière. Voici le lien Wikipedia sur la Comuna 13 si vous voulez en savoir davantage. Clairement mon coup de cœur ici.
Bu à la Comuna 13, ce délicieux breuvage très populaire ici : de la limonada de café. Comme son nom l’indique : café, jus de citron, sucre, soda, glaçons…
Une expression bien locale : no dar papaya. Ne pas se mettre dans une situation où quelqu’un pourrait abuser de vous : se balader torché, montrer qu’on a de l’argent, avoir l’air perdu…
Alors, la cuisine colombienne c’est quelque chose, hein. J’ai, entre autres, dévoré un sancocho (une soupe avec plein de trucs, carnés ou non, qui flottent dedans ; une sobrebarriga santandereana (de la poitrine de bœuf qui fond dans la bouche, après avoir passé 3 ans à mijoter dans plein de légumes et d’épices) ou encore l’ajiaco, une soupe de poulet (avec des tas de trucs autour). C’est délicieux et relativement roboratif. On pourrait dire que c’est de la cuisine de pays nordiques, mais je rappelle qu’on est en hiver et qu’il fait 27 degrés l’aprèm…
Je terminerai ce rapide tour d’horizon culinaire avec deux découvertes : le salpicon de frutos frescos, une sauce papaye/mangue dans laquelle on plonge une boule de glace. Et, si on est vraiment pervers, des tas de sauces (caramel, fruits…).

J’arrive au bout de cette fantastique aventure, ma première en Colombie. Beaucoup de mes proches m’ont demandé si je préférais Mexico ou Medellin. Je suis incapable de répondre à cette question. Ce sont deux aventures différentes en tous points et je n’ai aucun point de comparaison. Par contre, je peux dire que j’ai adoré cette ville, qu’elle m’a porté, que je l’ai arpentée dans tous les sens (y compris des quartiers qui n’avaient aucun intérêt ou qui craignaient vaguement). Et que j’ai adoré chaque instant.
Un truc quand même : qu’est-ce que ça fait du bruit. Tout, ici, est prétexte à décibels : les dancings et cafés qui essaient de faire TOUJOURS PLUS DE BOUCAN que leur voisin, les fêtes chez les gens (et oubliez l’idée qu’on baisse le volume à 22h, hein, ici, ça peut aisément polluer sonorement jusqu’à 4 h du matin), les vendeurs de trucs dans les rues (pas d’heure visiblement non plus ni de limitation sonore pour essayer de refiler ses merdouilles). J’avais lu un avertissement concernant mon quartier, il est en effet situé dans l’axe d’un petit aéroport régional situé juste à côté. En effet, sauf que les avions ne circulaient qu’en journée et que ce sont des bruits inhabituels : Cessna, bimoteurs, jets privés… C’était plutôt divertissant, en fait.
Je voudrais terminer avec ces message de Vivian et Federica, deux copines Colombiennes vivant à l’étranger qui m’ont guidé “à distance” pendant mon séjour et à qui j’avais montré ce que vous êtes en train de lire.
Quel chouette texte. Si je devais le lire sur un blog ou dans un magazine de tourisme, en tant que Colombienne, je serais fière d’être le résultat de ce mélange de chaos et de familiarité. Tu as compris l'essence même de ce que nous sommes, en abordant à la fois cette ténacité qu’ont les Colombiens pour se débarrasser de la "merde" quotidienne, mais aussi le fait, parfois, de vouloir quitter le pays pour échapper à un stress permanent. Pour bien entendu, tout de suite après, déjà regretter ce qu’on vient de quitter. Et même si je suis déçue de ne pas y avoir été en même temps que toi, merci d'être allé visiter ce pays de fous ! 🤷🏻♀️
J'aime beaucoup ton point de vue de citoyen du monde : avec tes histoires rigolotes, tu arrives à parler de mon pays. Les Colombiens adorent se moquer d'eux-mêmes, mais parfois, nous ne voyons plus clairement certains détails amusants ou grotesques… Je suis contente que tu penses que, malgré la pagaille ambiante, c’est une belle ville. C'est en tout cas un endroit qui accueille et aime tout le monde.
Tu as réussi à t’immerger bien plus que de nombreux touristes : tu connais même nos expressions fétiches, maintenant. Les passages sur la nourriture m’ont beaucoup amusée : pas étonnant qu’on ait tous tendance à prendre des kilos !😅
J'ai oublié de dire que nous sommes les rois de la contrefaçon. Rien n’est jamais 100% original à Medellin. C’est pour ça que tu n'as pas trouvé de bonnes chemises…
Bref : Medellin me encanta y es una chimba, parce !