DES NOUVELLES DE RIO DE JANEIRO #1
Je suis tellement amoureux de cette ville que j'y reviens pendant un petit mois profiter de la fin de l'été. Il fait tellement chaud ici que mes semelles orthopédiques fondent...
A tout bout de champ, quoiqu’on veuille acheter (un billet de concert, des carottes ou une rue) on me demande mon CPF. A savoir le Cadastre des Personnes Physiques, une sorte d’identifiant fiscal. Qu’évidemment je n’ai pas puisqu’aux dernières nouvelles, ma naturalisation avait été refusée par le gouvernement de Brasilia. Et donc, je dois me contorsionner dans tous les sens pour éviter ce truc inévitable et demander à des amis de faire les achats en ligne à ma place.
Mirian me prévient : « ne mets pas de chemise à fleurs, ça fait gringo ! »
Sur mon vélo partagé, je demande à une dame où je peux traverser une quatre ou six voies pour aller à la plage qui se trouve de l’autre côté. Elle m’indique le prochain feu rouge. Et croit bon de spécifier que quand le feu est vert, je peux passer, par contre quand il est rouge je dois m’arrêter. Ensuite elle répète la différence entre red et green au gros crétin de touriste que je suis pour être certaine que j’ai bien compris.

Dans tous les centres commerciaux (les fameux shoppings) que j’ai visités, j’ai systématiquement trouvé, aux côtés des grandes marques internationales qu’on voit partout, un petit atelier de couture. Une réponse humble et simple à l’obsolescence programmée de nos achats textiles. Jamais vu ça en Europe.

Dans le quartier populaire commerçant Uruguaiana, il y a une grande communauté chinoise. Et donc il y a des messages audio diffusés dans la rue et destinés spécifiquement aux commerçants chinois. Je n’ai évidemment aucune idée de ce qu’ils racontent, ce qui relativise l’intérêt ce message.
Je viens d’introduire ma destination dans Uber : 3000 avenue Ayrton Senna 🤷🏻
Ivan Lins, le Burt Bacharach brésilien, donne un concert dans une salle gigantesque située dans le parking d’un shopping (vous savez, le fameux shopping de l’avenue Ayrton Senna). Une sorte de version locale de Las Vegas où les salles de concert sont installées dans les casinos. Tout le monde a chanté toutes les paroles de toutes les chansons.

Je vous emmène visiter Madureira, en proche banlieue, considéré comme le principal pôle de valorisation et d’identité de la culture afro-brésilienne à Rio de Janeiro. On commence par les salons de coiffure : certains ne pratiquent que la coiffure afro, considérée ici comme faisant partie de l’identité. Les Brésiliens ont commencé à se lisser les cheveux pendant la dictature pour éviter les ennuis avec la police militaire.
Ici, à Madureira, dans les magasins à l’approche des fêtes, le Père Noël est noir par exemple. C’est assez rare pour être signalé.
Au marché central, il y a plein de magasins qui vendent des trucs religieux destinés aux cultes afro-brésiliens : yoruba, candomblé et umbanda. Ce sont des religions syncrétiques nées au Brésil, et qui fusionnent des traditions animistes africaines , le catholicisme et des éléments indigènes. Ils sont basés sur le culte des orixás (divinités), la transe, les chants, la danse et le lien avec la nature.

Plus étonnant encore : des cages remplies de poules, de canards, de hamsters ou de chèvres. Je me suis amusé à demander à mes proches la raison pour laquelle, à leur avis, ces animaux étaient en vente. Voici un florilège de vos propositions.
Les dépouiller de leur plumage ou pelage et les laisser ainsi courir tout nus dans la nature ?
Un truc glauque genre pour les empailler ?
Drugged super soldiers ?
Pour en faire des animaux de cirque ?
Pour des trucs de cul ?
Pour servir d’alarme ?
Pour faire des courses d’animaux ? Des fausses dents ? Des poufs marocains ?
Ça doit être pour un stand de tir ou du ball-trap
Pour un défilé de carnaval animalier ?
Pour notrifer elda dolanfa ?
Pour que les enfants puissent jouer avec eux au lieu d’une balle de foot ?
Spare parts for humans ?
Pour faire des perruques
Des animaux de compagnie pour zoophiles ?
Pour générer de l’electricité en faisant courir les hamsters dans des roues, tandis que les poules picorent des générateurs basés sur des anciens télégraphes et que les chèvres tirent les batteries ?
Pour donner à manger aux lions ?

J’ai déjà essayé de comprendre ces trucs quand j’étais ici il y a trois ans. J’ai renoncé. C’est ultra compliqué. Du genre, à Salvador il y quelques années j’avais été invité à une cérémonie de candomblé par Karen, qui allait être très baptisée ou intronisée. Et quand je lui ai demandé ce que je devais amener, elle m’a répondu « du whisky et des cigarettes ». Destinés à … son autre elle-même ! 🤷🏻
La grosse affaire, c’est le concert gratuit de Shakira sur la plage de Copacabana dans deux semaines. Deux millions et demi de personnes attendues pour un événement qui a déjà vu défiler les Stones, Madonna ou Lady gaga. La banque Santander, sponsor du concert, a imaginé un coup marketing assez amusant. Le concours est ouvert à toutes les Brésiliennes qui s’appellent Shakira (ou Chaquira ou Xakira ou Shaquira, entre autres). Le dernier recensement brésilien indiquait l’existence de 568 personnes prénommées de la sorte dans tout le pays. 25 d’entre elles gagneront deux places VIP pour assister au show.

Je suis allé au foot avec Andre. Au stade du Maracana, bien entendu. Une fournaise contenant 80 000 torcedores (supporters). Très impressionnant : chaque match commence par un hommage aux supporters qui sont décédés depuis la dernière rencontre.
Pendant la 2e mi-temps, un message vidéo est adressé aux supporters de l’équipe adverse (les visiteurs, donc) : ils sont priés de sortir du stade 5 minutes avant la fin du match ou alors d’attendre 45 minutes que tous les supporters de Flamengo soient sortis du stade.
Je me suis fait engueuler par quelques amis qui supportent d’autres clubs. Rai m’a dit « m’enfin, Thierry, Flamengo, mais quelle tristesse ! »
Flamengo vs Bahia : 2-0.
Uma vez Flamengo, sempre Flamengo
Le métro de Rio de Janeiro est étrangement en décalage avec la ville du même nom. Tout y est propre, safe, rangé et ordonné. Défense de s’asseoir par terre. Défense de faire de la musique. Défense de vendre quoi que ce soit. Tous les sièges sont prioritaires. Défense de mendier, etc. Et donc, si Rio de Janeiro vous fait un peu peur, allez vivre dans le métro. Mais prévoyez une petite laine, hein, car vous allez passer en une seconde de 35° à l’extérieur (avec votre chemise trempée) à un douillet 18° qui va vous transpercer l’âme. #TropDaircoTuelAirco
Bon, on se quitte (pour cette fois) avec deux jolies vues de la ville qui ont pour seul objectif de vous rendre malades de jalousie. Je reviens d’ici une semaine avec la deuxième et dernière partie de ce récit. Je vous y raconterai mes débuts spectaculaires dans les médias locaux. En portugais bien entendu.





