DES NOUVELLES DE RIO DE JANEIRO #2
"Et sinon, j'espère tu as vu les chutes d’Iguazu ?" Non mais j’ai eu une gastro-entérite, c’est tout pareil question débit.
C’est prouvé : 6 jours de diarrhée remplacent efficacement Google Maps. En effet, la seule unité de mesure utile devient la distance entre deux banheiros.
Ma sœur se demande surtout « comment tu n’as pas chopé cela plus tôt, avec toutes ces années où tu testais les spécialités locales... qui, soyons honnêtes, ne semblaient pas toujours approuvées par l’Afsca… »

Avec Lorena, on parle de l’épidémie de vols de téléphones ici à Rio (200 par jour selon la police). Elle me dit qu’elle préfère le style franc et direct d’ici (tu sors ton téléphone, je te l’arrache, quitte, au passage, à t’envoyer par terre) plutôt que le style plus filou des pickpockets en Europe. « Ici, on vole avec franchise, pas avec sournoiserie. Et donc quand on te demande de signer une pétition, c’est vraiment pour sauver les baleines et pas pour te distraire le temps de te faire les poches ! »
Certains d’entre vous savent que je suis bénévole depuis deux ans pour l’APEB, une association qui rassemble des Portugais et des Brésiliens vivant à Bruxelles. J’anime chaque semaine une table de conversation en français. Récemment on a abordé ensemble un sujet polémique : le tourisme des favelas ici à Rio.
Côté positif : immersion réelle ; impact positif sur l’économie locale ; revalorisation de l’image des favelas (car ce qu’on y visite témoigne d’un dynamisme social, économique et culturel sans pareil).
Côté négatif : un arrière-goût de « tourisme de la pauvreté » et voyeurisme ; pas toujours certain que les bénéfices retombent dans les bonnes poches ; pas obligatoirement ultra-safe (pendant mon séjour, quelques centaines de touristes partis voir le lever de soleil sont restés coincés pendant quelques heures au sommet de la favela Vidigal à cause d’une fusillade).
Ma propre conclusion : ce qui importe avant tout c’est la MANIÈRE d’effectuer ce genre de visites, et choisir une association respectueuse et validée par les habitants. J’ai fait cette visite (Rocinha) il y a trois ans en veillant à ce que je viens d’expliquer.Et j’avais adoré.
J’aimerais flinguer un cliché. Si vous demandez à vos proches de citer un genre de musique associé au Brésil, il y a de grandes chances que le seul mot qui sortira sera bossa-nova. Et rien d’autre. Comme tout le monde, j’étais persuadé que ce genre musical était omniprésent dans tout le pays. What else, franchement ? Eh bien pour illustrer l’ampleur de mon erreur, regardez cette étonnante carte qui reprend les principaux styles musicaux en vogue en Amérique latine. La bossa-nova n’est même pas citée. En clair, c’est une musique de vieux, de blancs, un truc vintage des années 60. PERSONNE N’ÉCOUTE ÇA ICI !

Musique encore : Thiriet m’apprend l’existence de l’agronejo, un style musical dérivé du sertanejo (on va dire l’équivalent local de la musique country) et qui sert uniquement à glorifier les grands propriétaires terriens et l’usage de pesticides dans l’agriculture. L’agronejo serait « un outil de softpower » pour l’agrobusiness. Perso, en regardant les clips, j’ai surtout vu des rappeurs habillés en cow-boys au volant de grosses bagnoles.
Etrange sensation de déjà-vu. Depuis des années, j’utilise Waze avec une voix brésilienne. Eh bien les taximen locaux, pas du tout gênés, utilisent la même voix que moi !
Cette ville me fascine et m’attire. Même si je sais que ma vision est totalement partielle et tronquée : je vis dans les quartiers riches et blancs, je ne suis pas trop exposé à la violence. Il faut juste être prudent. Et, c’est vrai, détourner le regard face au nombre assez affolant de moradores de rua (SDF) qu’il y a ici.
A ce propos, je suis en train de taper la discute avec mon chauffeur de taxi. il me raconte que la vie ici est super malgré la violence, malgré l’extrême misère dans laquelle vivent certains… Lorsque soudain la voix métallique de Waze rentre dans la conversation en demandant au chauffeur « si tout va bien, s’il se sent déprimé et s’il veut qu’on lui indique l’hôpital le plus proche ou les coordonnées d’un centre de santé mentale. »
Au secours.
Soirée à Sao Paulo avec trois auteurs de BD, Rafael, Jeferson et Gidalti. Ils m’ont expliqué quelques trucs étonnants …
on dira de quelqu’un qu’il a « un accent de la classe moyenne ». Ou d’une autre catégorie, d’ailleurs. Mais donc ici on ramène beaucoup de choses au statut social (revendiqué ou supposé) des gens.
le football est d’ailleurs l’un des seuls sujets capables de réunir le patron et l’ouvrier sans aucune hiérarchie.
Jeferson a tendance à refuser les couverts car, dans sa culture afro-brésilienne, on mange plutôt avec les doigts.
le truc de croire que tout le Brésil se balade en Havaianas, c’est un cliché. Ici, à Sao Paulo, ls gens ont plutôt tendance à trouver cela « assez peu hygiénique ». #BerkDesOrteils
Je vous l’annonçais : j’ai accordé une interview esssclusive à la presse brésilienne. Oui, je sais, on s’en fout. Sauf que mon fait d’armes, c’est d’avoir tenu 20 minutes en parlant portugais. Avec PH, mon fixeur et intervieweur, on avait convenu de commencer en portugais, pour que je puisse faire le malin. Et ensuite de passer au français (qu’il parle superbement) quand on parlerait du boulot. Emportés par notre élan, on a tout fait dans sa langue, finalement. Je crois que c’est le point culminant de tout mon voyage. Sérieux. Je vous oblige donc à écouter cette vidéo dans son intégralité et à m’envoyer des félicitations sincères et spontanées.
Philippe Poirier est l’auteur du meilleur commentaire de l’année suite au fait que je me vantais de parler plein de langues : « Mais ça doit te gêner pour manger, toutes ces langues dans la bouche, non ? »
Si vous passez par ici, j’ai un super plan pour un appartement à Copacabana, à trois rues de la plage. 2 chambres, 2 salles de bain. Demandez-moi le contact d’Eliane !






Fernand Delcopette, mon fixeur de Dampremy (qui n'arrête pas de me regarder) me confirme que la Bossa-Nova est bien originaire du carnaval de Charleroi. Par contre, la Lambada proviendrait plutot des Caraïbes (probablement de l'ile d'Oran & Gina). A vérifier
Booouh c'est déjà fini !
Hâte de te lire dans tes prochaines pérégrinations (j'ai déjà oublié où)
Bises